Coco, la chenille au coeur trop petit

Une histoire inspirée par la remontée intérieure d'évènements vécus. Cependant, toute ressemblance avec des personnes ou des faits ayant existé est purement fortuite.

 

Coco, la chenille au coeur trop petit

 

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C’était une toute petite chenille verte. Mignonne comme tout avec de petits yeux pétillants, tels deux petits feu follets sur sa petite tête. Elle s’appelait Coquille. C’était un drôle de nom pour une chenille ! Alors, elle avait décidé de se faire appeler Coco, nom tout aussi étrange, mais qui lui plaisait.

Coquille était née dans une famille papillon tout à fait ordinaire mais, contrairement à ses frères et sœurs, elle ne grandissait pas. A vrai dire, Coquille avait un cœur trop petit pour grandir, elle ne pourrait jamais devenir un papillon. Elle resterait à jamais enfantine, une petite Coco mimi !

Tout comme le reste de sa fratrie, Coquille était partie du nid en fin d’adolescence. Ses frères et sœurs avaient tous construis des cocons et étaient devenus papillons. Ils avaient maintenant de belles familles remplies de petites chenilles qui deviendraient papillons à leur tour !

Coquille, elle, avait petit à petit accumulé rancœur et aigreur contre les papillons…. Son cœur rapetissait à vue d’œil ! Enfin, façon de dire car au premier coup d’œil on aurait dit le contraire. En effet, Coquille était intimement persuadée qu’elle possédait le plus gros cœur du Monde et qu’elle était Amour. Ah quelle erreur de sa part ! Cet orgueil démesuré bâillonnait son cœur et l’asséchait de jour en jour. Quoiqu’ilen soit, Coquille était persuadée d’être missionnée pour sauver le monde des chenilles. Elle courait la campagne, rencontrait toutes les colonies de papillons des prés et des forêts pour porter la bonne parole.

Lorsqu’elle rencontrait un papillon, elle essayait de le séduire. Pour cela, elle se tortillait dans tous les sens en créant une danse de charme. Elle se disait danseuse. Coco la danseuse étoile ! Jamais, pourtant, elle n’avait suivi de cours de danse. En effet, elle considérait l’enseignement, dans quelque domaine que ce soit, parfaitement inutile, voir nuisible ! Alors, Coco la danseuse avait créé un numéro à elle et le servait à qui voulait bien la regarder. Avec ses airs de petite fille chenille, Coco, bien qu’adulte, inspirait en général un sentiment de douce pitié aux papillons qui la complimentaient. Coco n’avait qu’un mot à la bouche : Amour. Ce mot elle le déclinait au gré de ses rencontres.

Un mot de son invention lui plaisait tout particulièrement : Mamourette… Elle l’avait créé pour parler aux enfants. En effet, elle l’utilisait à tord et à travers pour nommer toutes les chenilles qu’elle croisait. Les parents trouvaient en général cela charmant et la laissait faire. Malheureusement, Mamourette avait un pouvoir très cher à Coco. Ce mot magique, ralentissait la croissance ! Coco se délectait de ce mot : elle pensait que personne ne devrait devenir papillon ! En effet, de sa jalousie envers les papillons elle se nourrissait pour tenter de persuader le monde qu’il fallait maintenir les chenilles dans le même état qu’elle. Chaque fois qu’une chenille construisait une chrysalide pour se transformer en papillon Coco était dans une rage folle et faisait son possible pour empêcher cela. Parfois, elle réussissait à maintenir sa ou son congénère à l’état de chenille encore quelques temps.

Coco avait cependant décidé de créer une famille. Elle avait rencontré un papillon qui lui avait fait une belle petite chenille. Mais Coco et ses Mamours, Mamourettes, Bisamours… l’avait vite lassé et il avait laissé Coco et sa Mamourette seules. La petite chenille née de cette union s’appelait Violette. Violette était promise à un bel avenir et avait elle, un gros cœur, lui permettant de grandir vite et d’envisager une métamorphose normale, voire précoce. Ceci n’était pas au goût de Coquille qui usa et abusa du pouvoir de son mot magique sur sa propre fille. Pourtant, le cœur de celle-ci possédait quelques résistances au pouvoir du mot qui lui permirent de se révolter. Ce ne fut pas sans peine ! Violette du s’enfuir avec un groupe de chenilles consommatrices de mandragore… Elle peina peina pour se défaire du mot. Elle revit sa mère et Mamourette revint !!! Violette, fâchée, finit par partir définitivement.

Par la suite, Coquille dit Coco charma un nouveau papillon, Nuage. Elle le choisit pour sa sensibilité et sa faible personnalité. Celui-ci se laissa charmer sans difficulté par sa danse. Coco lui demanda un fils qu’il lui offrit volontiers et Albert naquit, jolie petite chenille jaune, avec le cœur aussi gros que celui de sa demi-sœur. Coco voulait garder Nuage avec elle, aussi entreprit-elle de jouer sa danse à ses amis… Malheureusement, les amis de Nuage ne toléraient pas d’entendre dire « Mes mamours, Oh que je vous donne beaucoup d’amour, regardez mes producamours, mes dansamours ! » à tout bout de champs alors que Coco n’avait aucun talent. Nuage ne pouvait pas placer un mot ni émettre le moindre battement d’ailes. Aussi tous ses amis le quittèrent ! Coco n’avait pas prévu cela mais finalement elle jubilait ! Nuage n’avait déjà que très peu de caractère, il était maintenant isolé et resterait pour faire ce qu’elle lui dictait.

Forte de cette victoire familiale, Coco entreprit de trouver du soutien pour réussir à freiner définitivement la métamorphose dans une colonie. Elle choisit une colonie un peu marginale et reculée de papillons et entraîna Nuage pour s’y installer avec leur fils. La famille s’établit non loin de la colonie principale et Coco partit faire son numéro.

Elle croisa d’abord quelques papillons qui lui firent les compliments habituels…Puis, elle rencontra le chef de la colonie. Là, une sorte de coup de foudre réciproque eu lieu. En effet, le vieux papillon grisâtre et décharné, chef de la colonie, vit Coco arriver avec un œil d’abord méfiant puis très intéressé. En effet, Papichef était loin d’être bête, mais était devenu, à force de se gonfler d’orgueil et de pouvoir, un expert en manipulation envers les papillons de sa colonie. Ses jeux dictés par son cœur sec lui permettaient de maintenir la colonie sous ses ordres et de faire respecter ses moindres lubies par tous. Aussi, décida-t-il de jouer au protecteur avec Coco pour lui laisser faire son œuvre de régression au niveau des chenilles. Avec moins de papillons dans le village Papichef se sentirait encore plus puissant !!!

Coco n’en savait rien. Elle attaqua donc sa danse. Papichef lui demanda de la rejouer spécialement pour lui… Il fit semblant de s’y intéresser et lui demanda ensuite si elle en avait inventé d’autres. Oh que Coco était heureuse ! Enfin, quelqu'un reconnaissait son grand talent ! De plus, elle serait chargée des petites chenilles de la colonie pour permettre aux papillons de partir butiner pendant la journée. Que demander de plus ?

 

Cependant, une libellule nommée Étoile avait été envoyée pour préparer les chenilles à la métamorphose. Étoile avait un cœur énorme et était toujours prête à s’émerveiller de tout. Aussi, Coco lui servit son numéro de charme et, bien qu’Étoile vit immédiatement que quelque chose n’allait pas, elle crut d’abord que Coco était pleine d’amour vrai. Coco aussi se trompa sur Étoile, la taille du cœur d'Étoile ne pouvait qu’être un leurre et elle aurait tôt fait de l’amadouer comme les autres !

 

Évidemment, les choses n’étant pas comme Étoile ou Coquille pouvaient le penser,  la situation devint vite infernale. Coco avait entreprit d’empêcher les métamorphoses et Étoile voulait les favoriser et y préparer les chenilles qui lui étaient confiées. Avec l’appui de Papichef, qui voyait son intérêt à empêcher les belles métamorphoses (on ne sait jamais qu’un beau papillon naisse et le détrône !), Coco envahit peu à peu l’espace d'Étoile chantant et dansant ses Mamoursà tout va. Les chenilles confiées à Étoile furent petit à petit prises à parti. Appelées Mamourette sans arrêt elles étaient déboussolées et malgré leurs cœurs résistants leur croissance était compromise.

Étoile s’évertuait à essayer de les protéger mais Papichef faisait passer des règlements dans la colonie pour l’éloigner. Il inventa même des histoires sur cette libellule qui passerait dans les familles papillon pour détruire les foyers. Quelques papillons restaient résistants aux Mamourset aux bruissements d’ailes envoyés par Papichef. Mais petit à petit certaines familles se sentant menacées commencèrent à s’interroger. Ainsi, Papichef profita de l’occasion pour jouer de son rôle de grand sage et expliquer que les tensions dans la colonie et les retards de croissance des chenilles étaient dues à Étoile. Celle-ci, sans arrêt attaquée par les papillons et ne supportant plus les Mamours, Mamourette, Pissamour, chantés devant son cœur fragile tomba gravement malade. Son cœur trop sensible ne pouvait pas supporter autant de mensonges et d’accusations. Elle finit par se retirer, triste de n’avoir pu préparer ses chenilles qu’elle aimait tant à la métamorphose.

Une autre libellule à petit cœur vint la remplacer. Coco réussit à la séduire et son entreprise prit forme. Petit à petit, la colonie perdait ses papillons âgés, et seules des petites chenilles colorées restaient. Papichef était aux anges, Coco aussi.

Heureusement, certaines familles plus sensibles que d’autre à l’amour s’aperçurent rapidement après le départ d'Étoile que la croissance des chenilles était sur le point de s’arrêter. Ils retirèrent leurs chenilles de l’espace de la colonie, ce qui mit Papichef dans une immense fureur. Celui-ci battit des ailes, alerta toutes les colonies avoisinantes, prétendant que ces familles papillon étaient dangereuses et risquaient de déstabiliser les autres colonies. Mais rien n’y fit.

Les familles papillon partirent dans d’autres colonies plus accueillantes avec leurs chenilles. Celles-ci, étonnamment, se mirent à grandir, on les vit se préparer à de belles métamorphoses. Des papillons exceptionnels se préparaient. Une famille partit, puis deux, puis trois jusqu’à ce que Papichef et Coco se retrouvent seuls. Bien sûr, Nuage était resté jusqu’au bout, mais voyant son fils en danger de non croissance, il avait finit par se faire violence et l’avait emporté avec lui dans une colonie lointaine.

Coco et Papichef se mirent alors à s’affubler l’un l’autre de tous les maux. Coco disait à Papichef qu’il devrait essayer de pratiquer l’Amourzen, le Boudamour, etc… et Papichef accablait Coquille en prétextant que la dernière création de Coco, « Mes Mamours », n’avait pas été montée assez tôt ! Ceci n’avait aucun sens et aucun effet étant donné qu’ils étaient seuls !

Un jour qu’ils se chamaillaient comme à l’habitude, ils ne virent pas le temps changer et n’eurent pas même le temps d’apercevoir la vague de crue du ruisseau qui coulait près de la colonie. Ils furent tous deux emportés par les flots.

On n’entendit plus jamais parler de cette colonie que Papichef et Coco avaient démantelée. Mais Étoile, elle, garde toujours dans son grand cœur le souvenir de ses petites chenilles. Elle espère qu’elles sont toutes aujourd’hui de magnifiques papillons et à vrai dire, elle n’en doute pas.

 

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