Renaissance

 Pour le 42 ème salon de partage de mots d'Andrée, il s'agissait d'écrire une suite à la phrase de Jean Giono " Me voilà revenu dans l'abri silencieux et pur des montagnes."

 

Voici mon texte :

 

Renaissance

 

 

06-dec-26-Emmendra-004

 

 

Me voilà revenu dans l'abri silencieux et pur des montagnes*.  Mon être n'y est plus habitué. Les bruits et l'agitation humaine de la ville grouillent encore en moi.

Je me sens seul tout à coup, l'inquiétude me gagne... Mais quel bonheur avais-je donc dans cet abri ? Pourquoi suis-je venu ici ? ...

Je me raisonne. Je ne risque rien. Demain, je redescendrai dans la vallée retrouver la vie. Ici, il n'y a rien.

Je plante ma tente là où jadis j'aimais à passer du temps. Je ne comprends plus. Je n'ai même pas faim . L'estomac vide, je me couche après avoir vérifié à plusieurs reprises que le vent n'emporterait pas ma toile. Mon esprit est agité. Cette couche est affreusement inconfortable. Les pensées affluent : Quelle idée absurde ai-je eu de revenir ? Encore une journée entière de perdue ! Je voulais des vacances, une semaine pour décompresser ... Pffff ! Demain aussi sera perdu . Il ne me restera plus que 5 jours. J'aurais dû accepter d'accompagner ma fille sur la côte...

 

Je me réveille en sursaut ... Y aurait-il quelqu'un dehors ?

J'entrouvre la fermeture de la tente, je me glisse dehors sur l'herbe encore mouillée de rosée. Les premiers rayons du soleil pointent à l'horizon. Là, à quelques pas de moi, un chamois.

J'oublie tout, j'observe...Doucement, une sensation de bien-être m'envahit. Le chamois ne m'a pas remarqué. Il semble paisible, il a le temps.

Ainsi, sans même m'en apercevoir, je me mets à goûter cet instant. Ma peau s'humecte de rosée, mes poumons respirent lentement l'air et les parfums des plantes sauvages... C'est donc ça que je venais chercher !

 

Avec le lever du soleil, la montagne reprend vie. Là, un papillon... là, une fourmi en quête de nourriture...

Hier soir je me sentais seul, la ville m'avait coupé de cette vie ; enfin, je la retrouve ! La ville est loin, ses soucis aussi... allongé dans l'herbe fraîche, je goûte la vie. Je laisse les vibrations de la terre pénétrer mon être. J'écoute.

Tout est son. Tout est musique : une sauterelle atterrissant sur un brin d'herbe, un battement d'aile de papillon, les mouches et les abeilles qui bourdonnent ou butinent, une pierre qui roule, le bruissement de l'aigle qui glisse en planant au dessus de ma tête, le craquement d'une brindille... Je disais silence hier ; j'avais oublié la musique de la vie !

 

Les battements de mon coeur prennent le rythme lent de cette nature, l'air pur des montagnes emplit mes poumons. Ce matin, je renais .

 

signature2011

 

* Les mots en itallique sont de J. Giono