Des pierres sur un sol rouge

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Des pierres sur un sol rouge. Ou serait-ce plutôt ce rouge et ce jaune qui se déposent sur de belles pierres blanches disposées en dallage. Je marche, lentement, sans trop savoir où je vais ni d’où je viens. Deux murs, noirs à cause de l’ombre sur la mousse qui les recouvre ferment l’espace et m’indiquent le chemin à suivre. Est-ce vraiment mon chemin ? Puis-je faire demi-tour ? Une force invisible m’en empêche et me souffle d’avancer lentement, plus lentement encore… Il ne faut rien perdre de ce moment de vie, de la sérénité inquiétante du lieu. Cette inquiétude, d’où vient-elle ? Pourtant la route semble tracée et la protection que constituent ces murs usés par le temps est plutôt réconfortante. Mais un sentier, minuscule, croise ma route là-bas, au niveau de la cabane. Dois-je prendre ce sentier et m’enfoncer au plus profond de la forêt, loin des hommes, loin de cette route si large qui me menait jusqu’ici ? Cette cabane en bois vermoulu semble nous dire : « Ici est la limite. Tu dois choisir maintenant. » Mais je n’ai pas envie de choisir : L’escalier de pierres bordé d’arbustes verts taillés et entretenus par l’homme ou le sous bois odorant d’une forêt d’automne. Ce sous–bois m’attire. La solitude me fait peur. Peut-être est-il plus sage de poursuivre la route vers la ville. Je resterais en bordure, là où il y a encore de la verdure… Non, cette nature là ne permet pas de jouir de l’odeur des sous-bois, celle-ci est recouverte par l’odeur des voitures et du goudron. Et la pollution : des sachets plastiques qui volent dans les arbres, des morceaux d’aluminium encore tout dégoulinants du chocolat de la barre, infâme produit de la consommation moderne, qu’ils ont contenu. Et le bruit incessant des moteurs : ici c’est un camion qui fait vibrer les murs de toutes les maisons sur son passage, là une moto qui pétarade pour le bonheur de son conducteur qui réveille en passant tous les bébés du quartier… Non vraiment je préfère rester, au moins pour un moment, dans ce sous-bois calme et accueillant : L’automne offre un spectacle fabuleux de lumière : le jaune des feuilles les plus fines, le rouge, l’ocre ou le marron des autres, le vert des mousses, le gris des lichens avec leurs reflets, le brillant des champignons humides cachés parfois sous les feuilles et que l’oeil avisé reconnaît. Ah quelle quiétude ! Tout est en harmonie : Et l’odeur des champignons qui se mêle à la fraîcheur et au parfum subtilement humide et rassurant de l’humus. Les animaux, on ne les voit pas car ils ont de la pudeur. Pourtant je crois que si j’arrive à calmer mes pensées, à faire battre mon cœur au rythme de la nature, je crois que je pourrais apercevoir les animaux de la forêt. D’abord mon regard remarquera les fleurs qu’il avait oublié en arrivant et dessus des mouches bleues, vertes ou jaunes peut-être, et là autour de ce champignon de minuscules moucherons, tellement petits qu’on se demandera s’ils existent vraiment. Ils formeront un nuage qui grouillera de vie…La forêt que l’on pense silencieuse regorge de petits bruits, de craquements imperceptibles, de froissements d’ailes, des bruissements, des pas même… Et c’est un concert merveilleux pour celui qui sait l’écouter.

Je crois bien que la vie est là, dans cette forêt paisible sur ce petit sentier de droite. Mais est-ce ma place ? La cabane me rappelle que je suis humaine. Malgré son aspect délabré elle est le fruit de la construction de l’homme. Un papillon y entre par la fenêtre. J’ai envie de pousser la grosse porte de bois. Je m’approche mais la porte est sortie de ses gonds. Je ne pourrais pas la pousser mais je vais me faufiler à l’intérieur par l’espace qu’elle a laissé en tombant sur une grosse pierre à l’intérieur. Je croyais qu’elle était en bois… En fait il semble qu’un mur ait été construit en pierre et que les autres étaient en bois. Pourquoi ? Je ne le saurais jamais. Une veille table poussiéreuse, une chaise cassée, une bouteille vide et ce verre sale… Je m’assois sur une vielle paillasse en bois. Contre toute attente, je n’ai pas peur des toiles d’araignées qui m’entourent. Elles me rassurent presque. Ce gris poussière, la pénombre de la cabane… Je crois que c’est là que je me sens bien. Je m’allonge. Je resterais ici un moment.

 

signaturepremiers écrits (il y a 10 ans environ)